Les marais salants – Hier et aujourd’hui
Cela fait des siècles que les gens se servent et profitent des marais salants, à Pubnico couramment appelés les prés salés. Avant l’arrivée des Européens, les Premières nations et en particulier les Mi’kmaq récoltaient des mollusques et des crustacés dans les marais. Dans les vestiges de leurs campements d’il y a plusieurs milliers d’années, on a ainsi retrouvé des piles de restes de mollusques et crustacés, comme des bigorneaux.
Aujourd’hui, les gens visitent les marais salants et les vasières adjacentes dans le cadre de leurs loisirs : pour étudier la nature, pour pêcher des coques, pour chasser du gibier et pour pêcher des poissons.
Bon nombre des plantes qui poussent dans les marais salants sont encore utilisées de nos jours. Les Acadiens récoltent le plantain maritime.
Formation
Les marais salants se forment en raison de l’interaction entre les organismes vivants et les forces naturelles exercées par le vent, les courants, les tempêtes, les marées et le sel.
Caractéristiques physiques
Glace
En hiver, le marais salant est en bonne partie recouvert de glace. Cette glace protège le marais des variations du climat. Lorsque la glace se brise au printemps, il arrive que des pans entiers du marais salant soient déplacés dans d’autres écosystèmes côtiers. Les herbes des marais sont souvent coupées jusqu’à la base par l’effet coupant de la glace.
Sel
Avec le mouvement quotidien des marées, la salinité change constamment. L’eau salée se mélange à l’eau douce des rivières, des ruisseaux, de la pluie et de la fonte des neiges. Lorsque l’eau douce dilue l’eau salée, on dit que l’eau est saumâtre.
Marées
Les marées peuvent entraîner une érosion. Elles déposent et elles emportent des matières organiques et des nutriments. Les grands vents et les marées de tempête peuvent également entraîner une érosion et emporter des sédiments et des plantes. Les oiseaux des rives se nourrissent à marée basse et restent perchés à marée haute.
Les animaux et les plantes qui vivent dans le marais salant profitent des bienfaits d’un écosystème qui est riche en sources d’alimentation. Ils se sont adaptés aux variations de la salinité, à la température plus douce de l’eau et aux marées.
Plantes
Les plantes produisent des matières organiques, qui deviennent à leur tour une source d’alimentation pour d’autres espèces ou qui se décomposent en nutriments. Une fois que la spartine pectinée qui pousse dans l’eau salée s’est établie dans un marais, d’autres plantes qui aiment l’eau salée suivent le mouvement. Ces plantes sont dites « halophytes » et ont la propriété bien particulière de pouvoir excréter l’excédent de sel ou retenir l’eau.
Oiseaux
On voit souvent des oiseaux des rives se nourrir dans les vasières des marais salants. Leur nombre atteint son maximum pendant la migration d’été et d’automne. On en voit des milliers à marée basse, qui se nourrissent d’organismes invertébrés vivant dans la vase.
Il arrive également très souvent qu’on voit de grands hérons et d’autres oiseaux cherchant de la nourriture dans les ruisseaux, les canaux et les vasques des marais salants. Certains oiseaux comme les canards noirs font leur nid dans les marais salants et on les voit piquer dans l’eau pour se nourrir. D’autres oiseaux de marais se nourrissent dans ce milieu à l’automne et en hiver.
De la mi-juin au début du mois d’août, on voit souvent la sterne pierregarin dans les marais, qui plonge dans l’eau à la recherche d’aliments pour ses petits. Depuis ce poste d’observation particulier, on voit aussi à l’occasion la sterne arctique et même la sterne de Dougall, qui est une espèce en voie de disparition et qui pique dans l’eau à la recherche de nourriture.
Barges à Foin salé
L’un des grands avantages de ces marais pour les premiers colons était qu’ils étaient une source toute trouvée de fourrage pour le bétail. Les colons ont commencé presque immédiatement à défricher les terres et à cultiver du foin, mais les foins récoltés dans les marais permettaient de s’assurer que le bétail ne mourrait pas de faim en attendant la récolte des premiers foins cultivés. Même si ces colons disposaient de grands marais naturels dans le comté de Yarmouth, ils se sont souvent servis de digues pour agrandir leur superficie. Ils ont mis au point des méthodes permettant de récolter le foin et de le conserver pour les mois d’hiver. Pour cela, ils stockaient le foin sur place dans les marais, dans des structures surélevées qui permettaient de protéger le foin de l’eau quand les marais étaient inondés. Il s’agissait peut-être d’anciennes méthodes de récolte et on les utilisait probablement en Europe bien avant leur introduction dans le Nouveau Monde.
Les fermiers de la région avaient plusieurs raisons de continuer pendant aussi longtemps d’employer ces vieilles méthodes. Même s’il était possible pour les hommes de travailler dans les marais, le sol mou faisait qu’il était impossible d’utiliser les chariots et les charrettes pendant une bonne partie de l’année, parce que leurs roues s’enfonçaient dans la terre et s’enlisaient. Avec le foin empilé sur les plates-formes surélevées, les fermiers pouvaient attendre que le temps froid gèle les marais et permette de transporter le foin jusqu’à la ferme. Cette méthode de stockage du foin permettait également de gagner de la place dans les granges pour le foin cultivé, qui était plus nourrissant. Les fermiers mélangeaient souvent le foin des marais salants à du foin cultivé pour le faire durer plus longtemps, souvent pour le repas de midi du bétail. Il était également possible de nourrir le bétail exclusivement de foin récolté dans les marais salants pendant certaines périodes.
Fabrication du chafaud
Le terme acadien utilisé pour une meule de foin était « barge ». La structure en bois sur laquelle on entreposait le foin s’appelait « staddle » pour les anglophones. Les Acadiens appelaient cette même structure un « chafaud » (version altérée d’« échafaud ») ou « carré ». Ce dernier terme servait probablement à distinguer ce type de meule des meules construites en forme ronde ou circulaire.
Une fois terminées, les meules de foin avaient une forme bien particulière et étaient conçues de façon à ce que l’eau de pluie s’écoule sans pénétrer dans le foin. On laissait ces meules exposées aux éléments dans les marais. Il fallait récolter le foin entre les marées et le chafaud permettait de garder le foin à un endroit surélevé, au-dessus du marais et à l’abri de l’eau quand la marée était haute.
Fabrication de la meule
Dans les marais salants de lieux comme Pubnico, la personne qui récoltait le foin devait aussi tenir compte des marées. Il fallait couper le foin et fabriquer les meules entre les marées hautes. Le meilleur moment de la journée pour couper le foin était le matin. La rosée avait un effet lubrifiant sur le foin, qui le rendait plus facile à couper à la faux. Dans les marais, le foin était toujours coupé à la main avec une faux. Lorsqu’un ouvrier était habile avec sa faux, il pouvait couper jusqu’à quatre tonnes de foin par jour. Cela faisait assez de foin pour construire environ quatre meules.
Une fois que le foin était coupé, on le fanait avec une fourche et on le laissait sécher pendant une journée ou deux, avant de le ratisser. On le ratissait en longues rangées appelées « windrows » par les anglophones et « grands rouleaux » par les fermiers acadiens. Ce ratissage se faisait de manière très méthodique, généralement par groupes de trois personnes. On roulait ensuite le foin pour former de grosses bottes de foin, appelées « haycocks » par les anglophones et « mulronds » par les Acadiens. Il fallait entre 30 et 40 de ces bottes pour faire une meule de foin. Certains fermiers étaient très méticuleux et s’assuraient que chaque botte avait exactement la même taille et contenait la même quantité de foin. Dans l’idéal, on faisait les bottes le jour avant de faire la meule elle-même, parce que cela permettait au foin de se tasser un peu et que cela le rendait plus facile à transporter et à manipuler.
La fabrication d’une meule prenait environ une heure et demie. Quand la meule était presque terminée, la personne au sol avait une autre tâche, qui était de ratisser ou de dégrossir constamment la meule à la base pour éliminer le foin qui s’échappait. Ce foin était ensuite lui-même ratissé et hissé à nouveau sur la meule. Le processus était lent et fastidieux, mais il permettait d’éviter presque tout gaspillage. Une fois que la meule était enfin prête, on plaçait deux poids sur le dessus. Ces poids consistaient en deux morceaux de bois attachés aux extrémités d’une corde, qui pendaient des deux côtés de la meule.
L’action des marées : montée et descente
C’est la force d’attraction de la lune, du soleil, des planètes et des étoiles qui est à l’origine des marées des océans de la planète. Cette force gravitationnelle s’exerce sur des bandes relativement étroites faisant le tour de la Terre et se situant à environ 45 degrés de latitude nord et sud. Elle s’exerce à ces endroits particuliers parce qu’il s’agit des régions qui, du fait de l’inclinaison de la planète, se trouvent à la plus petite et à la plus grande distance de ces corps célestes. Même si la force gravitationnelle exercée sur la Terre par ces corps célestes et en particulier par la lune est forte, elle n’est pas assez forte pour vraiment soulever l’eau, mais elle a une grande influence sur l’orientation des courants, ce qui crée le phénomène des marées. Le long de la côte atlantique de la Nouvelle-Écosse, les marées de l’océan suscitent un déplacement d’un à deux mètres vers le haut ou vers le bas. Mais ce chiffre peut parfois être plus élevé si les astres s’alignent de telle façon que les forces gravitationnelles qu’ils exercent sur la Terre se combinent.
Cependant, dans cette région en particulier, il y a deux autres facteurs importants (la configuration géographique et la résonance de marée) qui influent sur l’ampleur du phénomène et qui font que ces marées de deux mètres finissent par atteindre près de cinq mètres. C’est pour cela qu’un bateau de pêche de homard de 40 pieds est en mesure de parcourir ce canal étroit à marée haute et qu’on peut le traverser à pied à marée basse pour se rendre aux îles.
Le quai
Il s’agit d’un quai en caissons, semblable aux petits quais qui parsemaient autrefois les rives de la région. Il mesure 60 pieds de long et 8 pieds de large et s’appuie sur trois caissons mesurant 10 x 10 pieds. Le bois est de l’épinette blanche non traitée et les caissons sont remplis de roches.
À l’époque, les pêcheurs devaient prévoir leur départ et leur retour de façon à les faire coïncider avec la marée haute, afin de pouvoir accoster et débarquer le poisson.
Le treuil
Ce treuil, que les Acadiens appellent un « vireveau », est un dispositif mécanique qui enroule une corde ou une chaîne autour d’un tambour suffisamment grand pour permettre de réduire l’effort physique à produire. Ce dispositif servait à abaisser les cargaisons à emporter sur le navire ou à soulever les gros contenants remplis de poisson pour les décharger sur le quai.